L’écritoire de la Confédération

Sonia Bebbington
Gestion du savoir et préservation

L’écritoire de la Confédération est un artéfact canadien qui, malgré le caractère peu remarquable de sa conception et de sa facture, revêt une importance historique puisqu’elle a servi lors de trois événements marquants dans l’histoire de notre pays.

L’artéfact, qui fait partie intégrante des collections spéciales de la Bibliothèque du Parlement, arbore quatre plaques d’argent sterling, dont trois énoncent les circonstances de son utilisation :

  • la Conférence de Québec de 1864;
  • la Conférence militaire de Québec de 1943;
  • l’entrée de Terre-Neuve dans la Confédération en décembre 1948 et en février 1949.

L’écritoire, fait de bois noirci, a vraisemblablement été fabriquée entre 1861 et 1864, selon l’estimation effectuée par un expert d’après la période de popularité des meubles façon d’ébène.

Le bois noirci est devenu à la mode après que la reine Victoria a fait peindre en noir la plus grande partie de son mobilier en signe de deuil à la suite du décès de son époux, le prince Albert.

L’écritoire présente deux encriers identiques de cristal taillé, garnis de collets de laiton et déposés dans des cavités circulaires. Devant, deux alvéoles allongées sont destinées aux plumes d’oie et, centrée en longueur, une poignée incurvée la surmonte. Elle est munie d’un seul tiroir à l’avant.

L’écritoire de la Confédération, collection de la Bibliothèque du Parlement; image Museée canadien de l’histoire

L’écritoire de la Confédération, collection de la Bibliothèque du Parlement; image Museée canadien de l’histoire

La Conférence de Québec de 1864

L’écritoire a servi pour la première fois lors de la Conférence de Québec, qui s’est ouverte le 10 octobre 1864 et échelonnée sur un peu plus de deux semaines. Sur la plaque commémorative de l’événement est inscrit ce qui suit :

Encrier dont se sont servi les Promoteurs de la Confédération Canadienne pour signer les résolutions adoptées à la Conférence de Québec.
Sir EP Taché / Mademoiselle C.A. Taché.

Quebec Delegates of the Legislatures of CanadaSur la photo, l’encrier repose sur la table devant les délégués; on le reconnaît à sa forme, à ses encriers doubles et à sa poignée.

Il n’est pas certain que cette écritoire ait été utilisée lors de la Conférence de Charlottetown, qui a eu lieu en septembre de la même année. En effet, étant donné la manière exhaustive dont sont inscrites sur les plaques les circonstances de son utilisation et le fait qu’elle provienne de la famille d’un délégué, il est peu probable que la mention de cette conférence ait été omise.

La conférence « QUADRANT », Québec, 1943

L’écritoire a servi une deuxième fois en août 1943, lors de la première des deux conférences militaires (nom de code « QUADRANT »). Cette réunion stratégique tenue à Québec et entourée d’une chape de secret avait pour but de déterminer la suite des opérations de la Deuxième Guerre mondiale.

Le premier ministre britannique, Winston Churchill, et le président américain, Franklin D. Roosevelt, étaient de la réunion, orchestrée par le premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King.

L’écritoire ne figure sur aucune photo connue de cet événement. Son utilisation n’est consignée que sur la plaque commémorative; voici ce qu’on peut y lire :

Cet encrier fut prêté à M. Mackenzie King devant servir au président des ÉtatsUnis et au premier ministre de GrandeBretagne, lors de la Conférence de Québec en 1943

Le très honorable Mackenzie King, le président Franklin D. Roosevelt et le très honorable Winston Churchill lors de la Conférence de Québec  Montreal Gazette / Bibliothèque et Archives Canada / MIKAN no 3194622 : http://data2.archives.ca/ap/c/c014168.jpg

Le très honorable Mackenzie King, le président Franklin D. Roosevelt et le très honorable Winston Churchill lors de la Conférence de Québec. Montreal Gazette / Bibliothèque et Archives Canada / MIKAN no 3194622

L’entrée de Terre-Neuve dans la Confédération, 1948

L’écritoire a servi pour la troisième et dernière fois en 1948, à l’occasion de l’entrée de Terre‑Neuve dans la Confédération. La plaque commémorative porte l’inscription suivante :

On December 11, 1948, this Inkstand was used by the delegates of Canada and Newfoundland at the signing in Ottawa of the Terms of Union. [Cet encrier a été utilisé le 11 décembre 1948 par les délégués du Canada et de Terre‑Neuve lors de la signature à Ottawa des Conditions de l’Union.]

L’écritoire est bien visible sur la table derrière laquelle se tient la délégation. Louis St-Laurent, premier ministre du Canada, et A. J. Walsh, président de la délégation de Terre‑Neuve, s’y trouvent, assis. Joey Smallwood, premier ministre de la nouvelle province, est le deuxième à partir de la droite.

Nflnd joins Confed 1948

Les Conditions de l’union de Terre‑Neuve au Canada sont signées le 11 décembre 1948 au Sénat, puis le 7 février 1949 à la Chambre des communes.

Ce jour‑là, M. St‑Laurent consigne aux Débats un extrait des paroles qu’il avait prononcées lors de la signature de l’accord, le 11 décembre, par lesquelles il avait présenté l’origine de l’écritoire et annoncé que cette dernière serait léguée au peuple canadien et placée à la Bibliothèque du Parlement.

L St-L on the Inkstand HoC Debates Nflnd 1949

Le très honorable Louis St Laurent Débats de la Chambre des communes, le 7 février 1949

 

Le très honorable Louis St Laurent Débats de la Chambre des communes, le 7 février 1949 : http://parl.canadiana.ca/view/oop.debates_CDC2005_01/298

Le très honorable Louis St Laurent Débats de la Chambre des communes, le 7 février 1949

Provenance

La quatrième et dernière plaque commémorative apposée à l’écritoire immortalise la présentation de l’écritoire en don à la « nation canadienne » et identifie la provenance.

To the Canadian Nation from Major R.A.C. Kane, VD, grandson of Sir Etienne P. Taché. [À la nation canadienne, don du major R. A. C. Kane, V.D., petit‑fils de sir Étienne P. Taché.]

Le premier ministre St‑Laurent avait prononcé les paroles suivantes :

« Il s’agit de l’encrier qui, après avoir servi aux premiers Pères de la Confédération, lors de la fameuse conférence tenue à Québec en 1864, a été offert à Taché, qui avait présidé aux délibérations. »

Il est raisonnable de croire que l’écritoire aurait été offerte à Taché en remerciement pour le rôle important qu’il avait joué durant cette conférence. C’est ainsi qu’on peut établir un lien avec l’événement.

Sa provenance et, par le fait même, son authenticité, se confirment également par le lien qui unit le donateur à Taché : selon les recherches généalogiques, le major R. A. C. Kane était bien un descendant direct de Taché, en fait il était son arrière‑petit‑fils.

Exposition de l’écritoire

L’écritoire de la Confédération se trouve habituellement dans la salle Todd‑Faribault de la Bibliothèque principale. Cependant, elle est prêtée pour le reste de l’année 2015 au Musée canadien de l’histoire dans le cadre de l’exposition 1867 – Rébellion et Confédération.

Pour en savoir plus sur l’exposition, visitez le site Web du Musée