Le Conseil de l’Arctique sous la présidence du Canada

Thai Nguyen
Division de l’économie, des ressources et des affaires internationales

La présidence du Canada (2013-2015) au Conseil de l’Arctique est arrivée à son terme et le pays passe le flambeau aux États-Unis à l’occasion de la réunion ministérielle du Conseil – qui a lieu aux deux ans – des 24 et 25 avril 2015 à Iqaluit, capitale du Nunavut.

La députée du Nunavut, Leona Aglukkaq, ministre canadienne responsable du Conseil de l’Arctique, remettra le maillet de cérémonie au secrétaire d’État américain, John Kerry. Les États-Unis présideront le groupe de 2015 à 2017.

Le groupe circumpolaire a pour objectif de promouvoir la coopération, la coordination et l’interaction dans l’Arctique. Il est composé des ministres des huit États membres et de représentants de haut niveau des organisations autochtones ayant le statut de participants permanents au Conseil.

Au cours de la réunion, les ministres dresseront le bilan des mesures prises au cours des deux dernières années. Ils énonceront aussi, dans une déclaration officielle, les priorités du Conseil pour les deux prochaines années.

Entre les réunions, le travail du Conseil est administré par les cadres supérieurs de l’Arctique et exécuté en grande partie par divers groupes de travail et équipes spéciales. Les cadres supérieurs rendent compte des résultats de leurs travaux ­– les « produits livrables » – lors des réunions ministérielles.

La Déclaration de Kiruna : objectifs et réalisations

La présidence du Canada était guidée par la Déclaration de Kiruna, adoptée à la réunion ministérielle précédente, tenue à Kiruna (Suède) en mai 2013. Les priorités pour la présidence canadienne avaient été établies en prévision de la réunion de Kiruna. La déclaration en tenait compte de manière générale.

La présidence canadienne s’est déroulée sous le thème « Le développement au service de la population du Nord », qui comportait trois thèmes secondaires :

  • L’exploitation responsable des ressources de l’Arctique
  • La navigation sécuritaire dans l’Arctique
  • Le développement de communautés circumpolaires durables

Les efforts en vue d’atteindre les objectifs de la Déclaration de Kiruna ont connu divers degrés de succès. Les plus récents développements figurent dans le document d’information pour la presse en vue de la réunion des 24 et 25 avril 2015.

Deux groupes de travail ont accompli un certain progrès.

Des produits livrables sont également attendus en ce qui a trait à des recommandations concernant l’intégration des savoirs traditionnels et locaux dans les travaux du Conseil et l’évaluation d’initiatives en matière de bien-être mental et de prévention du suicide.

Cependant, la réalisation la plus notable de la présidence canadienne pourrait être la création du Conseil économique de l’Arctique.

Conseil économique de l’Arctique : forum circumpolaire des affaires

Une proposition du Canada consistant à créer un forum circumpolaire des affaires a été avalisée dans la Déclaration de Kiruna. Le Conseil économique de l’Arctique (CEA) a tenu sa réunion inaugurale les 2 et 3 septembre 2014.

D’après son mandat, le CEA est un organisme indépendant et financièrement autonome de gens d’affaires désignés par chacun des États de l’Arctique et chacune des organisations autochtones ayant le statut de participants permanents. Le CEA doit « constituer le principal forum pour l’interaction entre le Conseil de l’Arctique et les gens d’affaires de la région circumpolaire ».

Selon le président canadien des cadres supérieurs de l’Arctique, la création du CEA est une « initiative phare » en vue de la réunion ministérielle d’Iqaluit.

Toutefois, certaines réserves ont été exprimées au sujet du virage possible du Conseil de l’Arctique vers le développement économique au détriment de son mandat original consistant à favoriser la coopération en matière de développement durable et de protection de l’environnement.

Il n’en demeure pas moins que l’établissement d’un tel forum des affaires avait fait consensus au sein du Conseil. En outre, la Conférence des parlementaires de la région arctique, dans sa déclaration de la conférence de Whitehorse en 2014, a donné son appui au CEA. De fait, elle a demandé aux gouvernements de la région arctique et au Conseil de l’Arctique de promouvoir la présence du CEA au nombre des nombreux partenaires du développement d’une économie viable dans la région.

Bilan de la présidence canadienne

Bien que certains aient affirmé que le Canada avait tout simplement fait acte de présence à la présidence, d’autres ont reconnu que le Conseil fonctionne de manière consensuelle et que son financement est volontaire. Ces faits expliqueraient la lenteur et le caractère graduel de ses travaux.

En raison de l’importance accordée par le Canada à la mise sur pied du CEA, le succès du CEA sera vraisemblablement le critère selon lequel sera jugé l’essentiel de la présidence canadienne.

Les récentes tensions géopolitiques entre la Russie et ses partenaires occidentaux concernant le conflit en Ukraine ont rendu la coopération dans l’Arctique de plus en plus difficile. Néanmoins, sous la présidence du Canada, cette situation a eu peu d’incidence sur le fonctionnement du Conseil de l’Arctique.

Présidence des États-Unis : trois domaines thématiques

À la réunion d’octobre 2014 des cadres supérieurs de l’Arctique, les États‑Unis ont présenté les priorités qu’ils souhaitent réaliser au cours de leur présidence.

La formule qui résume la présidence américaine est « Un Arctique – Occasions, défis et responsabilités partagés ». Les États-Unis appellent à l’unité parmi les États et les peuples arctiques, et affirment que tous – et non seulement les États et peuples de l’Arctique – doivent veiller à une gestion responsable de la région. La présidence des États-Unis comportera trois thèmes secondaires :

  • La sécurité et l’intendance de l’océan Arctique
  • L’amélioration de la situation économique et des conditions de vie
  • L’atténuation des répercussions des changements climatiques

Malgré l’accent mis sur la situation économique, il est peu question du CEA, sauf à titre d’organisme parmi les nombreux avec lesquels le Conseil de l’Arctique pourrait collaborer.

Comme dans le cas de la présidence canadienne, la mesure dans laquelle les priorités américaines seront suivies dépendra de la manière dont elles seront incorporées par les ministres dans la déclaration issue de la réunion biennale.

Soulignant le contraste entre les priorités des États-Unis et celles du Canada, certains observateurs croient que les États-Unis accorderont peut-être davantage d’importance aux questions de protection environnementale.

Parmi les autres enjeux importants figurent l’appui à la capacité des organisations autochtones ayant le statut de participants permanents de participer aux activités du Conseil et le rôle du nombre grandissant d’observateurs au Conseil.

Ressources connexes

Axworthy, Thomas S., Timo Koivurova et Waliul Hasanat. The Arctic Council: Its place in the future of Arctic governance, Munk-Gordon Arctic Security Program, 29 mai 2012.

Bell, Jim. « U.S.-led Arctic Council to stress Arctic Ocean, climate change », NunatsiaqOnline, 3 novembre 2014.

Exner-Pirot, Heather. « The Canadian Arctic Council Ministerial – What to expect », Eye on the Arctic, 15 avril 2015.

Fenge, Terry. « The Arctic Council: Past, Present, and Future Prospects with Canada in the Chair from 2013 to 2015 », The Northern Review, no 37, automne 2013.

Weber, Bob. « Canada deserves ‘credit’ for holding Arctic Council together », Toronto Star, 12 septembre 2014.

WWF Canada. La collaboration, au cœur d’une intendance environnementale internationale.