Pollution de l’eau par des microbilles de plastique provenant de produits de consommation : la réponse des secteurs public et privé

Jed Chong,
Division de l’économie, des ressources et des affaires internationales

Le plastique est depuis longtemps un polluant connu dans les océans. Toutefois, ce sont les petites particules – de moins de 5 mm – qui inquiètent parce qu’elles sont nocives pour les poissons et d’autres espèces sauvages.

Ces « microplastiques » sont généralement le résultat de la dégradation de morceaux de plastique plus gros. Toutefois, certains sont des « microbilles » fabriquées et utilisées dans les produits de consommation comme les nettoyants pour le visage, le gel pour la douche et le dentifrice.

En plus d’être présentes dans l’océan, des microbilles de plastique de moins de 2 mm ont récemment été décelées en forte concentration dans les eaux des Grands Lacs, particulièrement en aval des grandes villes, et dans les sédiments du fleuve Saint-Laurent.

Les microplastiques peuvent être ingérés par une foule d’espèces marines, y compris les poissons destinés à la consommation humaine. Ils peuvent causer de l’asphyxie ou un blocage dans les organes des animaux marins. De plus, les polluants chimiques ont tendance à s’incruster dans les microplastiques, ce qui signifie que les animaux qui ingèrent ce plastique ingèrent aussi les polluants chimiques.

Les microbilles ont d’abord été brevetées pour les nettoyants en 1972. Toutefois, ce n’est que dans les années 1990 que les fabricants ont commencé à s’en servir pour remplacer des matières plus naturelles, comme les amandes broyées, l’avoine et le sel de mer. Puisqu’il existe des solutions de rechange, les microbilles de plastique ne sont pas considérées comme un ingrédient essentiel pour les cosmétiques et les produits de soins personnels.

À ce jour, les usines d’épuration des eaux usées ne peuvent pas éliminer les microbilles en raison de leur petite taille et de leur flottabilité. L’adaptation des usines d’épuration serait coûteuse, et il n’existe aucun moyen connu de retirer les microplastiques une fois dans l’environnement. La solution la plus simple est donc d’empêcher qu’ils s’y retrouvent.

La réponse des secteurs public et privé

Ainsi, un mouvement mondial est né pour réclamer l’interdiction des microbilles dans les cosmétiques. D’ailleurs, en juin 2014, l’Illinois a interdit la production, la fabrication et la vente de produits de soins personnels contenant des microbilles de plastique. D’autres États, notamment la Californie, le Minnesota, New York et l’Ohio songent à emboîter le pas.

Bon nombre de grands fabricants de cosmétiques dans le monde se sont déjà engagés à remplacer les microbilles par des solutions naturelles, mais certaines options législatives pourraient accélérer le processus.

Si le gouvernement canadien voulait régler le problème des microplastiques dans les cosmétiques, il pourrait interdire le dépôt de microbilles dans les eaux fréquentées par des poissons. Il suffirait pour cela de modifier la Loi sur les pêches ou de désigner les microbilles comme « substance nocive » dans un règlement pris en vertu de cette loi.

Ces deux options feraient porter aux usines d’épuration le fardeau de retirer les microbilles des eaux usées avant de renvoyer l’eau dans les rivières fréquentées par des poissons.

Il serait aussi possible de régler le problème à la source en modifiant le Règlement sur les cosmétiques afin de restreindre ou d’interdire l’utilisation des microbilles dans les cosmétiques.

Ressources connexes

Desforge, Jean-Pierre, et al. « Widespread distribution of microplastics in subsurface seawater in the NE Pacific Ocean », Marine Pollution Bulletin, vol. 79, nos 1 et 2, 15 février 2014.

États-Unis, National Oceanic and Atmospheric Administration. « States Consider Plastic Microbead Bans », Marine Debris.

Isensee, Kirsten, et Luis Valdes. « Marine Litter: Microplastics », GSDR [Global Sustainable Development Report] 2015 Brief, Commission océanographique intergouvernementale, Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture.

Mathalon, Alysse, et Paul Hill. « Microplastic fibers in the intertidal ecosystem surrounding Halifax Harbor, Nova Scotia », Marine Pollution Bulletin, vol. 81, no 1, 15 avril 2014.

Spée, Marion. « Du plastique au fond du Saint-Laurent! », Québec Science, décembre 2014.

Procureur général de l’État de New York. Unseen Threat: How Microbeads Harm New York Waters, Wildlife, Health and Environment, 2014.