Table ronde nationale sur les femmes et jeunes filles autochtones disparues ou assassinées

Julie Cool
Division des affaires juridiques et sociales

Les femmes autochtones représentent environ 4 % de la population canadienne, mais aussi 11 % des femmes disparues et 16 % des femmes victimes d’homicide entre 1980 et 2012.

Depuis les années 1990, plusieurs cas très médiatisés de femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada ont attiré l’attention, au pays et à l’étranger, sur la violence faite aux femmes autochtones et la réaction du système de justice pénale.

Afin de trouver des solutions au taux élevé de violence qui touche ces femmes, les chefs autochtones et les premiers ministres des territoires et des provinces ont convenu, en août 2014, d’organiser une table ronde nationale sur les femmes et jeunes filles autochtones disparues ou assassinées. La table ronde d’une journée se tiendra à Ottawa le 27 février.

Vers un dialogue national

La table ronde est décrite comme une étape positive vers un dialogue national pour mettre un frein à la violence faite aux femmes et jeunes filles autochtones. Elle réunira des représentants de plusieurs organisations autochtones nationales et régionales, ainsi que des ministres territoriaux et provinciaux et certains ministres fédéraux.

La table ronde portera sur trois domaines :

  • la prévention et la sensibilisation;
  • les plans et protocoles de sécurité communautaire;
  • les mesures à prendre par les services de police et sur le plan de la justice pénale.

Les participants souhaitent parvenir à des « résultats concrets » dans ces trois domaines.

Deux autres activités se tiendront en marge de la table ronde :

  • Le 26 février – Les membres des familles de femmes et jeunes filles autochtones disparues ou assassinées tiendront un rassemblement des familles pour discuter de moyens de mettre fin à la violence et pour formuler des recommandations à l’intention de la Table ronde nationale.
  • Le 27 février – Une rencontre ouverte à tous les peuples sera une occasion de discuter publiquement de recommandations pour prévenir et éliminer la violence contre les femmes et jeunes filles autochtones.

Des chiffres exacts difficiles à établir

Les corps de police ne font pas la collecte systématique de données en fonction de l’ethnicité. Il est donc est difficile de préciser le nombre de femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada.

On peut produire des estimations à l’aide de diverses bases de données, dont les résultats de l’Enquête sur les homicides de Statistique Canada, le Fichier des personnes disparues, que tient le Centre national pour les personnes disparues et restes non identifiés de la GRC, et des bases de données constituées par des chercheurs à partir de sources publiques comme les journaux.

La GRC s’est servie de ces sources et d’autres encore pour produire en 2014 son premier rapport statistique exhaustif sur les femmes autochtones assassinées ou disparues. Selon ce rapport, 164 femmes autochtones ont été portées disparues et 1 017 ont été assassinées entre 1980 et 2012.

Par contraste, selon un rapport de 2010 de l’Association des femmes autochtones du Canada, 582 femmes autochtones ont soit disparu ou été assassinées. Les deux rapports soulignent que les femmes autochtones sont beaucoup plus susceptibles de disparaître ou d’être assassinées que les femmes non autochtones.

Des cas très médiatisés retiennent l’attention du public

D’après le rapport de la GRC, le nombre de femmes autochtones assassinées au cours des 30 dernières années est demeuré constant. Les données selon lesquelles la proportion des femmes assassinées qui sont autochtones a triplé – passant de 8 % en 1984 à 23 % en 2012 – sont en fait attribuables à une diminution du nombre de femmes non autochtones assassinées au cours de cette période.

L’attention du public à l’égard des femmes disparues ou assassinées s’est accrue à la suite d’un certain nombre de cas très médiatisés. Ainsi, entre le milieu des années 1990 et 2004, 16 des 60 femmes qui ont disparu du quartier Downtown Eastside de Vancouver, en Colombie-Britannique, étaient autochtones.

En 2004, un rapport d’Amnistie internationale recensait d’autres cas de femmes autochtones disparues ou assassinées dans l’Ouest du Canada.

À l’échelle nationale, l’Association des femmes autochtones a lancé l’initiative Sœurs par l’esprit, qui a consigné l’histoire de femmes disparues ou assassinées et a produit un guide de ressources pour les familles.

Le 4 octobre chaque année, Sœurs par l’esprit organise, en l’honneur des femmes et des filles autochtones disparues ou assassinées, des veilles où les familles endeuillées trouvent du réconfort.

Rapports de comités parlementaires

 Au cours des dernières années, deux comités parlementaires se sont penchés sur la question des femmes autochtones disparues ou assassinées. Trois rapports sont issus de leurs travaux :

En réponse au rapport du Comité spécial, le gouvernement du Canada a annoncé dans son budget de 2014 l’affectation de 25 millions de dollars sur cinq ans à la mise en œuvre du Plan d’action pour contrer la violence familiale et les crimes violents à l’endroit des femmes et des filles autochtones.

Des peuples autochtones du Canada réclament depuis longtemps la tenue d’une enquête nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées. D’autres font toutefois observer que tous les constats nécessaires ont été faits et qu’il faudrait se concentrer sur la mise en œuvre des nombreuses recommandations existantes.

De nombreux chefs autochtones espèrent néanmoins que la Table ronde favorisera un dialogue national et permettra de trouver des solutions au problème répandu de la violence faites aux femmes et filles autochtones.