Ebola : La maladie, les interventions du gouvernement canadien et les répercussions économiques

Raphaëlle Deraspe
Division de l’économie, ressources et affaires internationales
(Also available in English: Ebola:The Disease, Canadian Government Interventions, and Economic Impacts)

L’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest a été décrite par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) comme la flambée « la plus importante et la plus complexe depuis la découverte du virus en 1976 ».

Plusieurs pays non africains, dont le Canada, les États‑Unis, le Royaume‑Uni, la France, l’Allemagne, la Chine et Cuba, ont offert des ressources financières et humaines pour venir en aide à l’Afrique de l’Ouest.

La Banque mondiale a toutefois déclaré que l’épidémie pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour les économies des pays de l’Afrique de l’Ouest. Le Canada et des entreprises canadiennes pourraient aussi être touchés financièrement par l’épidémie, puisque le Canada a des investissements dans le secteur minier en Afrique. Pour l’instant, il n’existe pas suffisamment d’information pour évaluer l’étendue des répercussions sur le Canada.

Le virus Ebola depuis sa découverte

La maladie à virus Ebola (anciennement connue sous le nom de fièvre hémorragique Ebola) a été identifiée pour la première fois en 1976 à l’occasion de deux éclosions survenues simultanément au Soudan et dans la République démocratique du Congo, alors appelée Zaïre. Depuis, plusieurs éclosions ont sévi en Afrique, mais jamais sur un autre continent. Au cours de l’éclosion actuelle, qui fait rage depuis janvier 2014, on a rapporté des cas confirmés, probables et soupçonnés d’infections dans huit pays : la Guinée, le Libéria, la Sierra Leone, le Nigéria, le Sénégal, les États‑Unis, l’Espagne et, tout récemment, le Mali.

L’équipe d’intervention de l’OMS a évalué à 70,8 % le taux de mortalité chez les personnes infectées. Ce chiffre pourrait toutefois changer d’ici à ce que prenne fin l’éclosion actuelle et que l’on connaisse le sort de toutes les personnes infectées. L’équipe d’intervention de l’OMS a également constaté que la plupart des personnes infectées ont entre 15 et 44 ans.

Les données disponibles indiquent que chez l’humain, le virus Ebola est contracté ou transmis seulement par un contact direct avec les fluides corporels d’un animal infecté ou avec ceux d’une personne infectée qui présente des symptômes. Potentiellement, le virus pourrait muter et se transmettre plus facilement, mais la Mission des Nations Unies pour la lutte contre Ebola a récemment déclaré qu’à l’heure actuelle, rien n’indique que le virus subit une mutation lui permettant se propager dans l’air.

Contribution du Canada aux efforts internationaux

En date du 5 novembre 2014, le Canada s’était engagé à fournir quelque 65,4 millions de dollars afin d’appuyer les services de santé, d’aide humanitaire et de sécurité en Afrique de l’Ouest. Ce montant comprend une somme de 30 millions de dollars pour la Mission de l’ONU pour la lutte contre Ebola et 30 millions de dollars pour la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et d’autres organismes non gouvernementaux internationaux.

De plus, Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada a versé 3 millions de dollars à l’OMS et 1,7 million de dollars pour soutenir des interventions humanitaires dirigées par Médecin Sans Frontières dans le but de réduire et de maîtriser la propagation du virus.

Par ailleurs, le Canada, par l’entremise de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) et de Santé Canada, a remis à l’OMS du matériel de protection personnelle, y compris des appareils de protection respiratoire, des gants, des combinaisons, des masques protecteurs et des blouses de contagion dont la valeur est évaluée à 2,5 millions de dollars. L’ASPC a également fait don de 800 à 1 000 doses d’un vaccin expérimental mis au point au Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg.

Enfin, pour faciliter un diagnostic rapide et surveiller l’efficacité des procédures de prévention des infections, le Canada a envoyé en Sierra Leone, par l’entremise de l’ASPC, deux laboratoires mobiles, ainsi que des scientifiques canadiens.

En date du 16 septembre 2014, l’ONU estime qu’il faudra 987,8 millions de dollars pour combattre l’épidémie de la maladie à virus Ebola. Ce montant permettrait d’assurer pendant six mois les activités dans les trois pays les plus durement touchés – la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone. Le secrétaire général de l’ONU a d’ailleurs déclaré que chaque jour de retard entraînait une augmentation exponentielle du prix de la souffrance.

Le rôle du gouvernement fédéral dans les éclosions de maladies infectieuses au Canada

Au Canada, la responsabilité d’agir dans une situation d’urgence, y compris en cas de menaces touchant la santé publique, comme les éclosions de maladies infectieuses, incombe d’abord à la personne touchée, puis aux ordres successifs de gouvernements, selon les ressources et les compétences nécessaires.

Les autorités locales responsables de la santé publique sont chargées d’intervenir en cas de problèmes de santé locaux. Il s’agit notamment de découvrir la source des éclosions de maladies infectieuses, d’isoler et de soigner les personnes infectées, ainsi que d’identifier et de surveiller les personnes avec lesquelles elles ont eu des contacts étroits.

Toutefois, si la maladie se propage au-delà de la localité ou qu’elle entraîne de graves conséquences pour la santé humaine, les autorités sanitaires provinciales ou territoriales qui ont pour responsabilité de fournir des soins de santé seraient également responsables de la coordination des mesures de santé et du soutien aux autorités locales.

Le gouvernement fédéral a pour responsabilité d’établir des plans d’intervention d’urgence et de coordonner les interventions sanitaires par l’entremise de l’ASPC lorsque l’éclosion touche plus d’une province ou d’un territoire ou que la maladie risque de se propager au Canada ou vers l’étranger.

En cas d’éclosions importantes ou de risques graves pour la santé au Canada, le gouvernement fédéral peut également offrir aux autorités sanitaires locales, provinciales et territoriales des conseils sur les mesures à prendre et sur les pratiques exemplaires. Il a aussi pour responsabilité de surveiller la situation dans le monde et de signaler aux provinces et aux territoires d’éventuelles menaces pour la santé. Enfin, les provinces et territoires qui n’ont pas la capacité de gérer une éclosion locale peuvent demander l’aide de l’ASPC.

À ce jour, le gouvernement fédéral a invoqué la Loi sur la mise en quarantaine pour mettre en place des mesures visant à réduire le risque qu’une personne infectée par le virus Ebola entre au Canada. Il peut mettre en place des agents de quarantaine aux frontières canadiennes et aux points d’entrée pour questionner, évaluer et détenir, au besoin, les voyageurs qui arrivent de pays touchés.

De plus, le 31 octobre 2014, le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration du Canada a annoncé la suspension temporaire du traitement « des demandes de visa présentées par des ressortissants étrangers qui ont été physiquement présents dans un pays désigné par [l’OMS] comme ayant une propagation soutenue et à grande échelle de la maladie à virus Ebola ».

Selon une représentante de l’OMS, cette décision enfreint le Règlement sanitaire international, qui « vise à restreindre les limitations apportées aux déplacements et aux échanges commerciaux internationaux en évitant la propagation des maladies ». Ainsi, l’OMS a demandé au Canada de justifier sa décision.

Répercussions économiques de l’épidémie

Dans les pays touchés, l’épidémie perturbe l’activité économique dans plusieurs secteurs clés, y compris l’agriculture, l’exploitation minière, la fabrication et les transports. Elle ébranle aussi le commerce. Selon la Banque mondiale, le principal facteur dans ces perturbations est toutefois le changement de comportement provoqué par la peur, par exemple l’imposition de couvre-feux. Ainsi, l’emploi, le revenu et la demande de biens et de services ont tous baissé. La production a aussi diminué en raison du nombre de travailleurs qui sont tombés malades, qui sont décédés ou qui ont dû prendre soin de personnes infectées.

La Banque mondiale estime qu’en 2014, la maladie à virus Ebola réduira la croissance du produit intérieur brut (PIB) des trois pays les plus gravement touchés, soit la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone.

En Guinée, la croissance du PIB passera d’un taux estimé de 4,5 % à 2,4 %. Au Libéria, elle diminuera de plus de moitié, soit de 5,9 % à 2,5 %, et en Sierra Leone, elle reculera de 11,3 % à 8 %.

En outre, la Banque mondiale estime qu’en 2015, la conséquence économique globale pour les trois pays les plus durement touchés sera une perte de PIB d’environ 97 millions de dollars selon le scénario « faible Ebola » (l’épidémie est contenue rapidement). Selon le scénario « fort Ebola » (l’épidémie est contenue plus lentement), la perte de PIB pourrait atteindre 809 millions de dollars.

Pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest (y compris la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone), la Banque mondiale évalue la perte de PIB à 2,2 milliards de dollars en 2014 et à 1,6 milliard en 2015 selon le scénario « faible Ebola ». Selon le scénario « fort Ebola », cette perte pourrait s’élever à 7,4 milliards en 2014 et à 25,2 milliards en 2015.

L’épidémie frappe d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest sur le plan économique pour différentes raisons : relations économiques étroites avec les pays touchés; comportements résultant de la peur de contagion, comme la fermeture des frontières terrestres; et restrictions touchant l’entrée de citoyens en provenance des pays touchés.

Ressources connexes

Agence de la santé publique du Canada. Bioterrorisme et préparatifs d’urgence.

Agence de la santé publique du Canada. Intervention en cas d’éclosion de maladie infectieuse : progrès réalisés entre l’éclosion de SRAS et celle de grippe pandémique H1N1.

Butler, Martha, et Marlisa Tiedemann. Le rôle fédéral dans le domaine de la santé et des soins de santé, publication no 2011-91-F, Ottawa, Service d’information et de recherche parlementaires, Bibliothèque du Parlement, 22 septembre 2011.

Organisation mondiale de la Santé. Alerte et action au niveau mondial (GAR) : maladie à virus Ebola.

Organisation mondiale de la Santé. Ebola Response Roadmap, 28 août 2014.